L’énigme Real Madrid : du doublé aux 19 points de retard

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Crédits : skysports.com

Le Real Madrid va entamer sa deuxième partie de saison avec un bilan digne d’une équipe en lice pour l’Europe. Entre résultats nuls et défaites, l’équipe de Concha Espina compte cette saison en Liga neuf faux pas (cinq nuls et quatre défaites) en dix-huit matchs. Résultat : 50% de victoires en première partie de saison. Bien trop insuffisant pour l’institution merengue qui a pour habitude de virer ses coachs en cas de mauvais résultats. Mais cette fois-ci, l’homme à la tête de l’équipe a autant de Ligue des Champions qu’Alex Ferguson ou Pep Guardiola. En deux ans au Real Madrid, Zinédine Zidane a remporté un palmarès que beaucoup de ses homologues n’auront jamais. Protéger la stabilité malgré le début de saison décevant ou favoriser le changement en instaurant une nouvelle hiérarchie ? C’est la question que va se poser la direction du club madrilène si la mauvaise forme continue. Enquête sur l’énigme merengue à moins d’un mois du choc face au PSG en Ligue des Champions.

Samedi 13 janvier 2018. Il est environ 18h quand Pablo Fornals inscrit le but qui va donner la victoire à Villarreal. Le sous-marin jaune s’offre un triomphe historique (0-1) au Santiago Bernabéu. Pendant le match, le Real Madrid a la possession et des occasions de but sans jamais trouver la finition. En conférence de presse post-match, Zidane déclare : « Le résultat n’est pas mérité car nous avons eu beaucoup d’occasions, mais la balle n’a pas voulu rentrer. Je n’ai pas d’explication ». Pas d’explication au résultat du jour et non plus à la mauvaise forme des six derniers mois. L’an passé, le club madrilène n’avait perdu qu’une fois à domicile. La défaite face à Villarreal est la troisième à domicile cette saison. Depuis la gifle 3-0 reçue lors du Clásico, l’équipe peine à se relever en championnat et compte 19 points de retard sur le FC Barcelone (avec un match de moins que les Catalans ceci-dit). Pire encore, Villarreal (5ème) et la Ligue Europa sont à un point de l’équipe merengue. Aucune explication officielle et pourtant, beaucoup de constats peuvent être tirés.

Concevable après le mercato estival ?  

Pendant le mercato estival, les choix du club madrilène paraissaient intelligents et réfléchis : miser sur des jeunes promesses pour consolider les bases acquises, ne pas bousculer la hiérarchie avec l’arrivée d’une nouvelle star et vendre des joueurs remplaçants à très bon prix. Le résultat en Supercoupe d’Espagne face au FC Barcelone confirmait un peu plus cela. Six mois plus tard, le constat n’est plus le même. 

Le premier changement important fut la substitution de Pepe par Jesus Vallejo. Le potentiel du central espagnol ne fait aucun doute, mais le poids du défenseur portugais influait sur le vestiaire. Il était un fondement de l’équipe même si son rôle sur le terrain s’était amoindri. Troisième capitaine de l’effectif avant son départ, il était proche de tous les joueurs et surtout de Cristiano Ronaldo. Perdre Pepe fut un coup dur pour l’effectif. Un autre mouvement important apparut avec le départ de Danilo et la montée d’Achraf. Le jeune marocain a toutes les qualités pour triompher mais l’adaptation au monde professionnel prend du temps. Malgré toutes les critiques qu’il a pu encaisser, Danilo était un joueur de rechange de qualité sur le flanc droit : expérience internationale, maturité, qualités techniques et physiques. N’aurait-il pas été préférable de compter sur lui pendant l’absence de Carvajal plutôt que sur un jeune joueur sans expérience ? La dernière grosse erreur du mercato a été la vente d’Alvaro Morata sans prévoir un remplaçant. L’attaquant espagnol fut l’un des artisans au titre de Liga avec 15 buts, soit quatre de plus que son concurrent direct Karim Benzema. Pas mal pour un remplaçant. Ces trois départs ont eu un impact évident sur les performances de l’équipe et le moral des joueurs.

Une gestion de groupe moins efficace ? 

Après la vente de ces cadres, la gestion de groupe a forcément été différente. Zidane s’est démarqué pour son système de rotation. Problème : l’entraîneur français utilise beaucoup moins sa deuxième artillerie cette année. Par exemple, le cas de Dani Ceballos. Venu en remplaçant direct de James, il a été très peu utilisé. On peut citer également Theo, Llorente, Vallejo, Lucas Vázquez ou Borja Mayoral. Mais l’autre exemple le plus frappant concerne Marco Asensio. Aucune continuité n’a été donnée à son début de saison tonitruant. Cette saison, lorsqu’il peut compter sur tout l’effectif, Zidane utilise douze joueurs: Navas, Carvajal, Ramos, Varane, Marcelo, Casemiro, Kroos, Modric, Bale, Ronaldo, Benzema et Isco. Une gestion de groupe bien différente de ce à quoi il nous a habitué, à savoir les rotations et la concurrence. C’était un pilier fondamental de Zidane la saison passée : doser l’effectif tout au long de l’année pour finir en trombe. Cette saison, les rotations sont inexistantes et les joueurs sont amoindris physiquement. À noter la forme de Marcelo, Kroos ou Modric qui ne sont plus les mêmes. La question est la suivante : Zidane a-t-il moins confiance en son groupe cette année ?

Une tactique trop prévisible ? 

Offensivement, l’équipe ne surprend plus. De droite à gauche, de gauche à droite, en passant par Kroos, Modric et Isco. De temps en temps un centre (raté) de Marcelo pour Cristiano Ronaldo (qui râle) entouré de quatre défenseurs. Après trois minutes de possession, une frappe de Casemiro (au-dessus). Plus sérieusement, l’équipe gère mal les phases offensives. Aucun contre n’est exploité et l’adversaire sait bloquer les dix joueurs de champ madrilènes. Autre problème : la défense. Il suffit d’une contre-attaque pour comprendre. L’équipe semble totalement défaite. Entre le milieu et la défense, les espaces sont énormes. Le repli défensif est une comédie (musicale pour les supporters culés, dramatique pour les supporters merengues). Kroos trottine. Modric ne peut plus revenir. Isco marche. Marcelo fait semblant de courir. Casemiro, l’homme qui couvrait tous les espaces, semble perdu tactiquement… Courir pour les autres, c’est fatiguant à la longue. Heureusement que Carvajal et Nacho s’arrachent; mais c’est insuffisant. Bref, le Real Madrid encaisse des buts, beaucoup de buts. Les adversaires n’ont plus peur de jouer au Santiago Bernabéu et cela se ressent. Mais surtout, le Real Madrid a du mal à trouver la faille. Problème tactique ? Manque de folie ? On vous laisse faire votre propre opinion. 

Et la motivation dans tout ça ? 

La tâche la plus compliquée lorsque vous gagnez, tout sport confondu, est de maintenir sa motivation. Après deux Ligues des Champions consécutives, une Liga et tout le reste, quel est l’objectif pour ces joueurs ? L’essence du sportif est de remporter le plus de titres possible, mais que faire lorsqu’il a déjà tout gagné ? Comme l’a dit Isco cet été en attendant de soulever sa troisième Supercoupe d’Europe, la sensation est différente après la première fois. Les joueurs du Real Madrid seraient-ils en train de s’engouffrer dans un manque de motivation ? 

 

Malgré les turbulences que traversent l’équipe, il est bon de rappeler le palmarès de Zinédine Zidane au Real Madrid : deux Ligues des Champions, une Liga, deux Coupes du Monde des clubs, deux Supercoupes d’Europe et une Supercoupe d’Espagne. Le tout en deux ans. Aucun entraîneur dans l’histoire du club merengue n’avait réussi cela. Le football a la mémoire courte. Ses supporters aussi. Zinédine Zidane a décidé de miser sur ce groupe jusqu’à la fin de la saison. Il le répète chaque semaine en conférence de presse. Laissons-le finir son projet. Après tout, il reste la Copa del Rey et la Ligue des Champions. Si elle se qualifie face à Leganés, une victoire contre Valence, l’Atlético ou Barcelone en demie de Copa peut donner un coup de boost à l’équipe et qui sait, permettre le plein de confiance pour affronter le PSG. Au final, si le Real Madrid élimine l’équipe parisienne le 6 mars prochain, ce papier sera obsolète.

 

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