La Copa Federación, la Coupe des oubliés

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Si la Copa del Rey déchaîne globalement peu de passions en Espagne sauf exploits inattendus de petits poucets, il existe une Coupe au format similaire qui permet aux clubs des divisions inférieures de s’affronter.

Crédits : marca.com

L’Espagne n’est clairement pas un pays de coupe. Contrairement à l’Angleterre par exemple, les matchs de Copa del Rey intéressent globalement peu les supporters. Il faut dire que le format de la compétition n’aide pas à rendre la compétition attractive. Les clubs de Liga n’entrent en jeu qu’à partir des seizièmes de finale, et tombent la plupart du temps face à un rival de divisions inférieures. Le fait de disputer ces éliminatoires en aller-retour – avec l’aller chez le gros – tue pratiquement tout suspense. S’il arrive parfois qu’un « petit » arrive à se hisser en huitièmes ou en quarts, généralement les surprises sont très rares. Le gros est sûr de passer, pendant que les petits clubs de D3, avec la réception d’un club de Liga, vont générer des revenus inattendus grâce à la billetterie du match. Et même lors des derniers tours de la compétition, une fois qu’il n’y a pratiquement plus que des duels entre équipes de première division, les grosses équipes continuent d’envoyer des équipes remaniées, notamment pour faire face à un calendrier chargé entre Liga et compétitions européennes.

La Copa del Rey des modestes

Asensio, face à Fuenlabrada. Crédits : Mundo Deportivo

Pour résumer, on se retrouve avec des équipes de Liga qui la jouent donc plus ou moins par devoir, des formations de D2 qui la boycottent pratiquement et des D3 qui savent qu’elles n’ont aucune chance mais qui grattent tout de même un joli chèque. A titre d’exemple, grâce à la billetterie et les droits TV de sa double confrontation face au Real Madrid, le club de Fuenlabrada a assuré 20% de son budget de la saison. Et le club de la banlieue de Madrid fait partie des plus gros budgets de la D3 espagnole (1,5M€) ! Pour des clubs plus modestes, ça peut monter jusqu’à 50% ! « La Copa, ce n’est pas mon combat. C’est la guerre des clubs de première et troisième division pour faire du chiffre en billetterie. Pour les D2, c’est un supplice, on se tue entre nous pour tomber sur un club de D1 derrière et qu’il nous tue à notre tour. Cette compétition est une ruine pour nous », a bien résumé de son côté le coach de Valladolid (D2) Luis César Sampedro fin novembre.

Rares sont donc ceux qui y trouvent leur compte donc. En revanche, il existe une compétition plus intéressante, sur le papier du moins, qui réunit les équipes de D3 et de D4 : la Copa Real Federación Española de Fútbol, tout simplement connue sous le nom de Copa Federación. Elle regroupe les équipes qui n’ont pas été conviées à la Copa del Rey ainsi que celles qui sont sorties au premier tour de la compétition. Disputée par les équipes de toutes les divisions lors de ses premières éditions dans les années 40, elle a disparu au début des années 50 pour des raisons financières… avant de revenir dans les années 90. Le format est assez similaire à celui de la Copa del Rey, sauf que là, même la finale est en aller-retour, et les premiers tours sont disputés au niveau régional, c’est à dire que les équipes n’affrontent que des rivaux « du coin ». Le gagnant de chaque région se mesure ensuite aux champions des régions des quatre coins de l’Espagne à partir des seizièmes de finale.

L’Atlético Saguntino, champion de l’édition 2016/2017

Des retombées économiques inexistantes

Des duels donc a priori équilibrés entre les nombreuses équipes qui composent les différents groupes de la D3 et de la D4 espagnole…. Et pourtant, la Copa Federación intéresse très peu… Et là aussi, c’est compréhensible. Les déplacements peuvent être énormes (imaginez une équipe des Canaries devant se déplacer en terres basques), et contrairement à la Copa del Rey, les perspectives économiques sont moindres puisqu’il n’y a pas de potentiels grands rivaux pour attirer du monde au stade. Ces derniers sont d’ailleurs souvent vides… Les matchs n’étant pas diffusés jusqu’aux tous derniers tours où les chaînes régionales achètent les droits, les retombées en termes de droits TV sont pratiquement nulles. On peut aussi imaginer que les joueurs, qui peuvent avoir à cœur de se montrer à toute l’Espagne lorsqu’ils affrontent des gros en Copa del Rey, sont bien moins motivés pour ces rencontres. La RFEF distribue 90.000€ au vainqueur de la compétition, un montant qui peut sembler important pour des clubs semi-pro et même amateurs pour la plupart, mais qui sert à peine à rembourser les déplacements et tous les frais qui y sont liés. La Fédération prend en charge 0,78€ par kilomètre de voyage, ce qui oblige les clubs à mettre la main à la poche. Le finaliste empoche lui 30.000€. Pour les équipes ayant atteint les demi-finales, on atteint seulement les 12.000€, et pour les champions de chaque région, l’incroyable somme de 3.000€…

La Gimnástica Torrelavega (D4) par exemple, a renoncé à disputer la compétition pour des raisons sportives et tenter de se concentrer sur la montée, mais aussi pour des raisons économiques. D’ailleurs, le cas de ce club est intéressant; puisque comme l’expliquait un quotidien de la région, El Diario Montañés, tous les revenus qu’aurait pu obtenir le club auraient été immédiatement saisis par l’AFE, l’association de footballeurs espagnols, dans le cadre du remboursement d’impayés. Quand on sait qu’à ces niveaux, énormément de clubs sont dans ce même cas… Autre preuve du désintérêt des clubs : le blog El Gol de Madriz explique que dans la région de Madrid, seulement deux clubs (San Sebastian de los Reyes et Alcobendas) se sont inscrits pour la phase régionale de la compétition cette année ! Et l’organisation est tellement catastrophique que deux jours avant le match, il n’y avait même pas d’arbitre désigné pour la rencontre. Pourquoi ? Parce que la Fédération Madrilène avait tout simplement oublié l’existence du match ! La médiatisation de la compétition est pratiquement inexistante, et seuls les médias régionaux couvrent plus ou moins les résultats des équipes locales. Autant dire que cette compétition semble plus vouée à disparaître qu’à gagner en importance et popularité…

Le journaliste Rafael Escrig a réalisé un inside de la finale remportée par l’Atlético Saguntino

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