Girona – La Machín de Pablo

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(Crédit Photo : El Miron de Soria)

Pour sa première saison parmi l’élite, Girona a fait tomber le Real Madrid, trébucher l’Atlético et se retrouve aujourd’hui aux portes de l’Europe. Le tout en affichant un style de jeu atypique orchestré par Pablo Machín. Bienvenue dans la tête de l’entraîneur promu qui s’excuse auprès de ses supporters après avoir perdu contre le Barça.

(Crédit Photo : El Miron de Soria)

« Je veux être Pablo Machín, j’ai mes propres idées. » Lorsque Marca lui demande qui est son modèle, l’entraîneur de Girona ne passe pas par quatre chemins. Un homme à la tête dure, pas du genre à se laisser dicter comment placer ses pions. Pas non plus de ceux qui pensent que l’âge fait forcément l’expérience. Seulement 42 piges au compteur, mais le technicien espagnol peut se vanter d’avoir déjà bien plus appris que la plupart de ses homologues de sa génération. La faute à une blessure à 23 ans, alors qu’il évoluait à Numancia, son seul club. Immédiatement, Machín se met à coacher Calasanz puis les catégories de jeunes de son club formateur. Il prend ensuite en main l’équipe première de Numancia avant sa folle épopée à la tête de Girona. « Quand il est arrivé, il s’est assis avec le staff et nous a demandé comment nous voyions l’équipe, raconte Jordi Guerrero, adjoint de Pablo Machín, dans Sphera Sports. Puis il s’est assis avec moi un jour et a décidé de changer les choses. Nous avons perdu les deux premiers matchs mais, de là, les choses ont changé. »

Comme une mule

Tout commence à l’époque où il galopait en short sur le rectangle vert. Céline Dion et Scatman cartonnaient en France et le maillot de Didier Deschamps demeurait vierge de toute étoile. Pablo Machín est un jeune défenseur. Un des trois que Miguel Ángel Lotina aligne dans son 3-5-2. Il faut croire que le dispositif a convaincu le natif de Soria puisqu’il ne l’a jamais quitté. Depuis qu’il s’est lancé dans le grand bain, Machín a des idées très précises. « On n’a jamais essayé un autre système, c’est celui-là et voilà », avoue Yhoan Andzouana, ancien espoir de l’AS Monaco désormais dans la Peralada, l’équipe réserve de Girona. Dès son arrivée l’été dernier, l’ailier a été marqué par un entraînement en particulier : « On a fait des attaques placées et, pendant 50 minutes, on a répété la même action. Le coach est très précis, c’est au millimètre près avec lui. Tout est préparé et bien défini. C’est un entraîneur qui mise beaucoup sur la tactique. » Fatalement, les joueurs se trouvent les yeux fermés et tout est réglé comme du papier à musique. Force est de constater que cette animation offensive parvient à en surprendre plus d’un.

(Crédit photo : Getty Images)

Bon sur les bords

La fameuse évolution du poste de latéral prend tout son sens dans l’organisation de Machín. Armés de leurs trois poumons, Maffeo et Mojica incarnent ces rôles si particuliers de véritables pistons dans leurs couloirs respectifs. D’ailleurs, le site internet officiel de Girona présente une singularité qui en dit long sur la vision du football qui circule dans le club. Dans la rubrique « Plantilla », il n’y a pas quatre catégories pour classer les joueurs comme chez toutes les autres écuries, mais cinq. En plus des gardiens, défenseurs, milieux et attaquants, il faut rajouter les « carrileros » (les joueurs de couloirs). Machín porte un regard bien spécifique sur ce poste. Andzouana témoigne : « Il me demandait de faire tous mes déplacements vers la ligne de touche pour que je puisse centrer. Il mise énormément sur les centres. Il veut qu’on centre tout le temps. »

Flex Machín

Mais l’organisation du 3-5-2 est bien plus bien plus flexible que l’obstination de Machín peut le laisser penser. Alex Granell relève dans Sphera Sports « la capacité du staff à s’adapter au système et à l’améliorer. » « Les rivaux commencent à te connaître, ils voient tes vertus et tu dois continuer à changer les choses », ajoute Pere Pons. « Je pense que c’est Lotina qui a découvert ce système, mais c’est Machín qui le développe, évolue et obtient de nombreuses versions, mises à jour dans la langue 3.0, explique Jordi Guerrero dans The Tactical Room. À mesure que les matchs se suivent, il analyse le jeu, voit comment des situations imprévues sont créées, cherche des moyens de les résoudre ou découvre de nouvelles façons de créer des situations de supériorité ou d’efficacité en attaque. »

Le meilleur entraîneur de Liga et Zinédine Zidane (Crédit photo : Football Espana)

« Je ne peux pas faire d’un âne un cheval de course »

Cependant, il faut plus qu’un tableau noir bien poncé pour mettre Girona sur la carte de l’Espagne. Convaincre tout un effectif de tenter ce pari osé n’est pas à la portée du premier tacticien venu. Machín n’est pas qu’un homme têtu et rigoureux. Il est également réputé pour ses causeries capables de transcender un vestiaire. Résultat : quels que soient les soldats présents sur le champ de bataille, tous son prêts à y laisser leurs tripes. « Je ne peux pas faire d’un âne un cheval de course, mais je peux le faire aller plus vite », imageait-il lors de son interview à Marca. Granell voit son coach comme « une personne qui a des idées très claires » capable de « transmettre l’idée d’un système de jeu qu’il a défendu à tout prix. » Un peu à la manière d’un Diego Simeone, Machín a inculqué un véritable état d’esprit à ses joueurs en leur apprenant à se montrer solidaires, concentrés et généreux dans l’effort.

Victor Massias
@victor_massias

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