Un Clasico sous le sapin… des Chinois

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Le prochain Clasico entre le Real Madrid et le FC Barcelone se jouera le 23 décembre prochain à 13h. Un horaire inhabituel et inédit dans toute l’histoire des Clasicos. Tout ça pour des droits TV.

« Il faut arrêter de considérer que les clubs sont la propriété des fans locaux », Pierre Rondeau, économiste du sport. (Crédit photo : Deccan Chronicle)

Javier Tebas incarne quasiment toujours le rôle du méchant. En France, le président de la ligue espagnol est connu comme celui qui se décarcasse pour faire exclure le Paris Saint-Germain de la Ligue des Champions. C’est aussi lui qui déclarait en septembre 2016 : « En Chine, Celta Vigo – Atlético de Madrid fera une meilleure audience que Manchester City – Manchester United. (…) Les Chinois regarderont davantage le match Celta – Atlético parce qu’il est bien plus ouvert que le derby de Manchester. » La réponse à la question « Pourquoi jouer une des plus belles affiches européennes aussi tôt ? » est donc évidente. La Liga cherche à tirer la bourre à la Premier League en se calquant sur son modèle.

Joue-la comme l’Anglais

Lorsque le coup d’envoi sera donné au stade Santiago Bernabéu, il sera 21h à Shanghai. « Si c’est joué à 13h en Europe, c’est en prime time en Asie, confirme Pierre Rondeau, économiste du sport. À contrario, si un match se dispute en prime time en Europe, il est à peu près 3 ou 4h du matin en Asie. » Ce n’est donc pas un hasard si la Premier League reste loin devant les autres championnats dans la course aux droits TV. « Culturellement, ce n’est même pas une stratégie marketing puisqu’elle le faisait déjà dans les années 1970-80, explique le professeur à la Sports Management School. Les Anglais ont l’habitude de jouer certains matchs à 13h, c’est une tradition. Le public asiatique a donc pu voir ces matchs là. » Aujourd’hui, les droits TV de la PL* valent 2,3 milliards d’euros. En revanche, le train de vie des Britanniques n’est pas celui des Espagnols. Lorsqu’un match est programmé en début d’après-midi au pays d’Iniesta, « il s’agit vraiment d’une manœuvre pour que le championnat prenne de la valeur (Pierre Rondeau). »

« Le Barça n’appartient plus aux fans catalans ou espagnols »

Une salade que l’Europe du football a du mal à digérer. Selon Rondeau, la propulsion de La Liga vers le continent le plus peuplé du monde « va créer un engouement énorme. » Le but n’est pas de tout donner d’un coup à l’Asie, mais de couper le gâteau équitablement. L’économiste considère qu’en programmant quelques matchs pour le marché asiatique et quelques autres pour l’Europe, on obtient le meilleur compromis. « Les clubs vont voir leur visibilité augmenter donc il va y avoir une expansion des droits TV, des ventes de maillots, du nombre de followers sur les réseaux sociaux et une amélioration de l’image de marque. Là, on parle d’une mondialisation du football », détaille-t-il en nous invitant à regarder plus loin que le bout de notre nez. En clair : le Vieux Continent n’est pas le nombril du monde. « Il faut arrêter de considérer que les clubs sont la propriété des fans locaux, assène Rondeau. Le Barça n’appartient plus aux fans catalans ou espagnols, il appartient aux fans du monde. J’ai autant de respect pour un fan asiatique que pour un fan européen. De quel droit on devrait penser qu’il y a la primauté pour un fan européen ? » Un rapide coup d’œil dans les travées du Camp Nou au mois d’août suffit à vérifier cette affirmation.

*Premier League.

Victor Massias

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