Carlos Vela, l’homme qui n’a pas voulu devenir ce qu’il aurait dû être

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Sept ans après son arrivée à la Real Sociedad, Carlos Vela s’envole pour la Major League Soccer. Un joueur qui nous a tout autant frustré que régalé…

Crédits : Sportyou

« Sans grande passion il n’est point de grand homme », disait un célèbre proverbe. Dans le cas de Carlos Vela, « sans grande passion il n’est point de grand joueur » serait probablement plus adapté. Mercredi soir, l’attaquant mexicain a fait ses adieux à son public de la plus belle des manières, marquant le but qui assurait la victoire à la Real face à Séville à Anoeta (3-1). Les supporters basques ont ensuite scandé son nom et lui ont offert une belle ovation au coup de sifflet final. Une histoire qui finit donc plutôt bien, mais qui forcément, laisse un goût d’inachevé énorme. Arrivé en Europe en 2006 après une course pour s’offrir la nouvelle coqueluche du football latino-américain remportée par Arsenal, il va quelque peu bourlinguer, toujours en prêt, entre la D2 espagnole où il aura réussi de belles prestations à Salamanca, la Liga avec Osasuna, la Premier League avec les Gunners et West Bromwich Albion. C’est en 2011 qu’il pose ses valises à Saint-Sébastien, d’abord prêté puis ensuite acheté par la Real Sociedad. La suite, tout le monde la connaît en Espagne…

250 matchs, 73 buts et 45 passes décisives plus tard, il quitte le Pays-Basque. S’il n’était plus qu’un joueur de banc qui avait l’habitude d’entrer en deuxième période pour dynamiter l’équipe, le Mexicain a clairement été un des meilleurs joueurs de l’histoire récente de la Real Sociedad. C’est d’ailleurs le deuxième joueur étranger à avoir disputé le plus de rencontres avec le club de la cote basque, derrière le mythique Darko Kovacevic. On peut même dire, sans trembler du menton, qu’il a été l’un des joueurs les plus talentueux à être passés par Anoeta. Polyvalent, capable de jouer à tous les postes et dans tous les rôles sur les fronts de l’attaque, il a offert de superbes buts. Parfois à la conclusion de superbes actions collectives – compliqué de ne pas évoquer son incroyable complémentarité avec son ami Grizi – parfois sur de beaux exploits individuels. Un pied gauche qu’on ira pas jusqu’à qualifier de magique, mais qui a offert ô combien de joies et de frissons aux Txuri-Urdines. Le Mexicain avait surtout une capacité incroyable à faire la différence digne des plus grands et si rare et précieuse… Qu’on se le dise, il avait tout pour faire une grande carrière…

Vela naviguera désormais en eaux douces

Crédits : El Horizonte

« Jamais… Jamais avant je n’avais vu un joueur avec de telles qualités. Je pensais avoir découvert le joueur de rêve », confie Néstor de la Torre à ESPN, lui qui était à l’époque directeur sportive des Chivas. Mais le petit Carlos voulait-il vraiment d’une grande carrière ? En NBA, peut-être, puisqu’il a confié à plusieurs reprises préférer le basket au football. S’il semble compliqué de l’imaginer sur les parquets américains, à moins qu’il ait la détente de Spud Webb ou l’agilité d’Isaiah Thomas, il a tout de même eu un parcours plus qu’honorable en Europe. « Entre un film et un match de foot le soir, je regarde le film désormais. La NBA est le seul sport que je regarde à la télévision. Je n’aime pas tout ce qui entoure le footballeur en général. Je voudrais rentrer chez moi et être un inconnu. Tout ça m’a fait perdre le goût pour le football. C’est pour cela que j’ai renoncé à participer au Mondial », confiait-t-il en 2014. S’il est légèrement revenu sur ses propos par la suite, expliquant tout de même apprécier un minimum le football mais confirmant que le ballon rond n’était pas sa passion première, on peut se demander : pourquoi avoir continué ?

L’Argent ? Peut-être, et probablement en partie. Toujours est-il qu’il a refusé de rejoindre Arsenal à plusieurs reprises lorsque les Londoniens ont voulu le rapatrier à Londres, et on sait à quel point les Gunners auraient pu multiplier son salaire. Il faisait certes partie des joueurs les mieux payés de l’effectif basque, et a même été jusqu’à devenir le mieux payé en 2014, mais après tout, n’était-ce pas logique compte tenu de ses performances sur le terrain ? Quand il tournait bien, la Real tournait bien, et vice-versa. Vela préférait probablement le calme et la tranquillité de Saint-Sebastien, ville souvent vantée pour sa qualité de vie et sa beauté, dans un club avec peu de pression médiatique, loin de la folie et de la ferveur des grosses écuries de Premier League. Mais surtout, le Mexicain marche à l’émotion, et son bien-être, ainsi que celui de sa famille, sont passés avant le football. « Je suis très content de voir que les gens m’aiment à ce point, c’est beaucoup d’émotions que de laisser autant de bons moments derrière. J’ai toujours dit que le football n’est pas ma grande passion, mais il m’a tant apporté, surtout en tant qu’homme, j’ai pu vivre tant d’expériences. […] Tout aurait pu aller mieux, mais je ne regrette rien et je suis content de ce que j’ai vécu. C’est très difficile de trouver un club comme celui-ci, c’est comme une famille, tout comme tous les gens du Pays-Basque, une culture qui m’a marqué. Pas de titre ? En étant à la Real j’ai gagné une femme et un fils », expliquait-il mercredi après la rencontre, lui qui avait pourtant peu l’habitude de se livrer à ce point. Peut-on vraiment lui reprocher d’avoir enfin voulu quitter sa zone de confort pour se rapprocher de son pays natal et vivre une nouvelle expérience ? Amis américains, prenez soin de Carlitos.

Max Franco Sanchez

@maxfrs

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