Las Palmas : Paco Jémez dans les habits du sauveur

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Comment passer de candidat sérieux à l’Europe à favori pour la descente en moins d’un an : c’est le tour de force que réalise Las Palmas. Une nouvelle fois, la direction se retrouve dans une situation ubuesque et enchaîne les fautes professionnelles. Favori pour s’asseoir sur le banc des Amarillos, Paco Jémez sera-t-il le sauveur du club grancanarien ?

Le 30 janvier 2017, Quique Setién savoure la victoire de Las Palmas contre le Valencia CF (3-1). Jonathan Viera et Mauricio Lemos ont inscrit deux golazos et l’UDLP devient un sérieux candidat aux places européennes. En zone mixte, le technicien cantabre confirme les rumeurs : sa prolongation à Gran Canaria est en très bonne voie. Outre les bons résultats en Liga, la cantera tourne bien avec sa B et sa C qui enquillent les victoires. Tout va bien dans le meilleur des mondes. Et puis…

De Charybde en Scylla

Quique Setién
Crédit : estadiodeportivo.com

Et puis la machine s’enraye. Las Palmas s’écroule. Souverain à domicile, le club poursuit sa mala racha à l’extérieur. La situation dans le vestiaire se tend. Le match nul (3-3) à Santiago-Bernabéu contre le Real Madrid après avoir eu plusieurs ballons de 4-1 est un baroud d’honneur. Quique Setién est sur le départ et courtisé par la moitié des clubs de Liga. La saison se finit cahin-caha dans le ventre mou. Les dirigeants grancanariens cherchent donc un remplaçant sur le banc, quelqu’un qui fait jouer son équipe. Le choix est porté sur Roberto De Zerbi. Tout est près début juillet. Mais englué dans un imbloglio juridique avec Palerme, son dernier club en date, l’Italien ne signe pas. Premier couac. Pris au dépourvu, les Pio Pio optent pour l’option casera et nomment Manolo Márquez, jusqu’alors entraîneur de la B, avec Juan Carlos Valerón comme adjoint.

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L’expérience dure très peu de temps. En septembre, Márquez jette l’éponge et Las Palmas se met en quête d’un successeur. Les noms de Javi Gracia et Aitor Karanka fuitent dans la presse mais le président Ramírez et son directeur sportif Luis Helguera choisissent Pako Ayestarán, dont l’expérience à Valencia a été simplement catastrophique. Le préparateur physique reconverti entraîneur poursuit son « oeuvre » et décroche le record du plus grand nombre de défaites consécutives en Liga avec 13 revers d’affilée. Selon toute vraisemblance, les Amarillos ont fait le choix de l’économie, Ayestarán étant bien moins cher que ses concurrents. Le revers de la médaille, c’est que l’UDLP s’enfonce au classement.

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Ayestarán débarqué, c’est Paquito Ortíz, Andalou qui a joué entre 1992 et 2001 à l’UDLP et qui a été membre du staff de Márquez qui prend les rênes de l’équipe, en attendant la nomination d’un nouveau coach de plein exercice. Las Palmas renoue avec la victoire contre le Betis de… Quique Setién. En décembre, deux noms sortent : Jorge Almirón et Paco Jémez, récemment viré de Cruz Azul au Mexique. Champion d’Argentine et vainqueur de la Copa Libertadores avec Lanús, Almirón est en pole position. Sauf que…

Almirón recalé à cause d’une règlement absurde de l’UEFA

Sauf qu’une fois encore, l’affaire va capoter, une nouvelle fois de façon rocambolesque : l’UEFA exige qu’un entraîneur hors-communautaire ait déjà travaillé 5 ans avant de pouvoir signer sur le Vieux Continent. Aberrant, surtout quand on voit le CV de l’Argentin La Fédération espagnole fixe le délai à 3 ans et personne au club n’a pensé à aller vérifier à l’échelon supérieur. « Tout était réglé mais les dirigeants n’étaient pas au courant du changement de délai qui est passé de 3 à 5 ans, explique Gerardo Mayor, journaliste grancanarien. Ce n’est pas totalement la faute du club. La norme de 5 ans n’est pas écrite dans les textes de la Fédération, notamment en raison des problèmes internes actuels. L’UDLP aurait pu aller devant le Tribunal Arbitral du Sport espagnol et elle aurait gagné. Mais entre les formalités et le jugement, il se serait passé plusieurs semaines et ça ne valait pas le coup, d’autant que Jémez est disponible ».

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Ce qui ressort de ce nouveau micmac c’est que, pour de nombreux supporters et journalistes, Almirón n’était pas le plan A de Las Palmas. Pire : bien que cela ne soit pas avéré, certains y ont vu un écran de fumée dans l’attente d’un accord avec Jémez d’ici janvier avec, à la clef, le plus gros contrat jamais signé par un entraîneur de l’UDLP. De quoi brouiller durablement la communication des Amarillos auprès de leur propre public. « Les supporters sont en colère et n’ont plus confiance, détaille Gerardo Mayor. La gestion du feuilleton Setién a échauffé les esprits. Ensuite il y a eu le cas De Zerbi, le transfert de Vitolo, le départ de Kevin Prince Boateng trois jours avant le début de la Liga, le choix d’Ayestarán puis son maintien et enfin ce qui se passe en moment avec Jorge Almirón et Paco Jémez. Ça a été une année terrible ».

Jémez en attendant Almirón ?

Jorge Almirón
Crédit : infolaprida.com

Alors Jémez : bonne ou mauvaise idée ? Pour Gerardo Mayor oui. « Il connaît le club, les joueurs clefs comme Jonathan Viera, Vicente Gómez ou David García. Il a aussi ce caractère, cette forte personnalité. Il ne va pas trembler au moment de prendre les décisions. Il peut être un bon antidote à la situation actuelle. Néanmoins, sur le long terme, je suis moins enthousiaste ». Même si la situation est compliquée, tout espoir n’est pas mort et la descente en Segunda est loin d’être actée. Natif de Las Palmas, Jémez a déjà entraîné la UDLP, en 2010-2011. En revanche, l’expérience n’a guère été concluante avec seulement 9 victoires en 37 matches. Et s’il a réalisé des miracles au Rayo Vallecano, le retour aux sources est accueilli de diverses manières, notamment en ce qui concerne la saison 2018-2019. « Personnellement, je préférerais Almirón sur le long terme, explique Gerardo Mayor. Il devait venir avec un staff de 5 personnes et c’est le genre de détails qui te font penser que c’est idéal pour un projet sur la durée. Je crois que ce serait parfait de le signer cet été. Et ça ne me surprendrait pas si le club retentait de le faire venir dans un an ou deux ».

François Miguel Boudet
@fmboudet

 

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