Leganés s’engage dans la lutte contre les violences machistes

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Avant d’affronter le Barça dans son antre de Butarque samedi (16h15), le CD Leganés a profité de cette rencontre de gala pour organiser une conférence de presse à propos de la lutte contre les violences conjugales, fléau combattu depuis de nombreuses années en Espagne avec de véritables moyens. Les Pepineros porteront également une tenue inédite. Une nouvelle fois, le club de la banlieue Sud de Madrid se distingue de la meilleure des manières.

Jeudi à 13h, le CD Leganés a organisé une conférence de presse un peu particulière. Réputé pour sa communication brillante, le club pepinero a profité du match contre le FC Barcelone pour signer, via sa Fondation, un partenariat la délégation du gouvernement contre la violence faite aux femmes. Cette accord entre les entités a pour but d’organiser des campagnes de soutien et diffuser des messages pour éradiquer ce fléau, véritable cause nationale en Espagne. Précision notoire : c’est la délégation du gouvernement qui s’est associée à Leganés, le club ayant initié cette campagne de sensibilisation de son propre chef. Cette signature revêt une importance médiatique particulière et de nombreuses personnalités étaient présentes : la présidente du Lega Victoria Pavón ainsi que le capitaine Martín Mantovani, le maire de la ville, le secrétaire d’Etat à la santé, aux services sociaux et à l’égalité, la déléguée du gouvernement à la violence de genre, le secrétaire d’Etat à l’éducation, à la culture et au sport ainsi que le directeur général de La Liga.

Depuis 2004, la lutte contre les violences physiques et psychologiques faites aux femmes est une cause nationale avec le vote d’une loi organique, la diffusion de campagnes de sensibilisation dans les medias, l’élaboration de plans d’actions avec un véritable budget (on parle d’un milliard d’euros dans le nouveau plan qui comporte 212 mesures), la médiatisation des affaires, y compris celles qui concernent des personnalités connues comme Rubén Castro, meilleur buteur de l’histoire du Betis qui s’en est sorti on ne sait comment alors que 4 ans de prison ferme et 200.000€ d’amende avait été requis à son encontre avant son départ précipité pour le championnat chinois pour des fait commis sur son ex-compagne (menaces psychologiques, coups et blessures). Avant Leganés, le Valencia CF s’est uni avec le programme United Nations Women. Le partenariat s’est affiché sur les maillots du club et des spots avec des joueurs des équipes masculine et féminine ont été diffusés sur les écrans de Mestalla. Le Betis a, lui, joué avec un maillot à rayures roses en 2016 lors de la journée internationale des droits de la femme le 25 novembre. Une manière aussi de se désolidariser des chants d’une partie de la Curva Sud du Villamarín qui avait soutenu Rubén Castro dans des cánticos d’un goût douteux.

Étiqueté pays macho par excellence, l’Espagne a dû réagir vigoureusement après la recrudescence des crimes de genre, passé de 33 décès en 1997 à 72 en 2004. En 2016, le chiffre est retombé à 44, ce qui est évidemment toujours trop. Le plus inquiétant reste que parmi la jeune génération les mentalités mettent du temps à évoluer dans la bonne direction. Par exemple, selon une étude récente, environ un quart des jeunes hommes sondés (23,58% exactement) considère que les garçons plus agressifs sont plus séduisants. Des clichés et lieux communs qui sont considérés comme normaux, y compris chez les jeunes femmes et adolescentes. Dans les colonnes d’El Dia, la psychologue Ana Gil Prieto, membre de la Fundación Mujeres, a rappelé que les violences de genre n’étaient pas l’apanage des classes pauvres mais qu’elles concernaient l’ensemble des couches de la population. De plus, les crimes ne concernent pas que les relations conjugales mais aussi les jeunes filles et les adolescentes. C’est pour cela que Leganés diffusera d’ailleurs sur les écrans de Butarque un clip destiné à cette catégorie d’âge. Cette année en Espagne, on dénombre 7 petites filles et 44 femmes mortes sous les coups. Désormais de plus en plus de femmes mettent des mots sur les violences qu’elles ont subi et parviennent à porter plainte malgré la peur. La police protège du mieux qu’elle peut contre d’éventuelles représailles. Selon les chiffres avancés récemment par le délégué au gouvernement de La Rioja, 77% de ces femmes qui dénoncent ces actes s’en sortent. On peut toujours voir le verre au quart vide mais il reste encourageant.

Les effets de la médiatisation de la lutte des violences de genre en Espagne se font ressentir sur l’opinion publique, un premier pas essentiel. A l’heure actuelle, 85% de la population espagnole a vu un spot relatif à la sensibilisation quand la moyenne européenne est d’à peine 50%. Contre le Barça, Leganés jouera avec un maillot spécial pour dire que les femmes, jeunes filles et enfants peuvent se sortir de cet engrenage grâce à leurs témoignages mais aussi grâce à ceux de leur entourage qui ne doit pas fermer les yeux, que des solutions existent et se mettent en place. On peut se dire que c’est juste symbolique mais parler ouvertement des violences de genre est un début incontournable. En tant que sport national, le football peut y contribuer. En France, en 2016, 119 femmes sont mortes victimes de violences machistes. C’est trois fois plus qu’en Espagne qui a compris, elle, qu’il faut de vrais moyens et une vraie volonté politique pour éradiquer ce fléau.

François Miguel Boudet

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