Ruperto Sagasti – Iñaki Urquijo, le duo qui a fait venir la Russie en Liga dans les années 90

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Si vous êtes nés dans les années 1980, ces noms vous sont forcément familiers. Rinat Dassaev, Alexandre Mostovoï, Valeri Karpin ou encore Viktor Onopko ont enchanté les pelouses espagnoles et leurs noms restent associés à une certaine idée du beau jeu. Ces joueurs ont surgi en Espagne grâce à un duo méconnu : Ruperto Sagasti, un Soviétique né en Navarre et Iñaki Urquijo, agent basque qui a aussi eu des responsabilités au Racing de Santander, à Las Palmas et à l’Athletic Club.

La Liga des années 1990 et la Russie, c’est une histoire qui débute au Pays basque, d’une manière inattendue, il y a… 80 ans. En 1937, la Guerre Civile fait rage en Espagne, notamment en Euskadi. Les ravages de la Légion Condor ont été immortalisés par le Gernika de Pablo Picasso, certainement la toile la plus célèbre et marquante du génie. Ruperto Sagasti a 14 ans et il embarque à Santurtzi (Biscaye) à bord du Habana, avec 4200 autres personnes. 3000 émigrent en France, les autres débarquent à Leningrad, désormais Saint-Pétersbourg. Après Leningrad, il arrive à Odessa, aujourd’hui en Ukraine, ville célèbre notamment pour la scène du berceau qui dévale l’escalier de l’opéra dans le Cuirassé Potemkine de Sergueï Eisenstein.

Ruperto Sagasti

Né en Navarre mais ayant grandi à Bilbao, Sagasti avait du talent dans les pieds. Il joue attaquant dans une équipe d’immigrés espagnols à Odessa avant de fuir, une nouvelle fois à cause des bombes, vers Bakou (Azerbaïdjan) et Tiflis (Géorgie). En 1944, il rejoint le Krylia Sovetov Samara né deux ans plus tôt. Ensuite, il évolue au Spartak Moscou puis au Daugava Riga de manière anecdotique, une blessure au genou rédhibitoire le contraignant à raccrocher à 28 ans. Passionné de football passé par l’Institut de la culture physique de Moscou et les hautes sphères du sport soviétique, Sagasti n’a pas de réseau espagnol à proprement parler. Tout change dans les années 1970. Lors des affrontements entre équipes espagnoles et soviétiques, il sert régulièrement d’interprète. Il est pressenti pour s’occuper de Lezama, le centre de formation des Leones en 1975 puis en 1980. Les deux fois, la bureaucratie et les relations tendues entre Madrid et Moscou font capoter le projet. Son réseau dans le football espagnol se développe. En 1988, il est l’interprète de Rinat Dassaev lorsque le gardien signe à Séville en provenance du Spartak. L’agent se nomme Iñaki Urquijo. Le début d’une collaboration étroite entre les deux hommes.

Santander, Gijón et Oviedo : russe LV2

Iñaki Urquijo s’est fait une « spécialité » d’attirer des joueurs soviétiques puis russes, non seulement dans le football mais aussi dans le handball, quand l’Espagne était encore un pays de Cocagne pour le balonmano. Grâce aux conseils de Ruperto Sagasti, l’agent basque est devenu une référence pour attirer des joueurs d’URSS puis de Russie à partir de 1992. Après Rinat Dassaev ches les Palanganas, l’international d’origine ukrainienne Vassili Rats signe à l’Espanyol en 1989. Les Pericos recrutent ensuite Andrei Moj, Dimitri Galiamin et Igor Korneiev (adjoint de Guus Hiddink avec la sélection russe) en 1991 et Dimitri Kuznetzov en 1992. Rashid Rachimov signe une saison à Valladolid en 1992.

Iñaki Urquijo
Crédits : eldiariomontanes.es

Mais c’est surtout à partir de la moitié des années 1990 qu’Urquijo ses meilleurs coups. L’essentiel des clubs se situent au nord du pays. Au Racing de Santander (Cantabrie), il fait signer pas moins de 7 joueurs : Dmitri Radchenko (1993-1995), Ishlat Faizulin (1995-1997), Dmitri Ulianov (1992-1996), Dmitri Popov (1993-1996), Serguei Shustikov (1996 puis 1998-2000), Andreï Sygmanovich (1992-1996) et Vladimir Beschastnykh (1997-2001). Dans les Asturies, Urquijo a également eu une grande influence dans l’arrivée de joueurs russes. A Gijón, Dmitri Cheryshev (1996-2001), Igor Lediakhov (1994-2002) et Yuri Nikiforov (1996-1998) évoluent au Molinón. A Oviedo, Viktor Onopko et sa calvitie précoce deviennent légendaires entre 1995 et 2002. Nombreux sont ceux qui poursuivent l’aventure en Liga. Par exemple, Radchenko remport la SuperCoupe d’Espagne avec le Deportivo de La Corogne en 1995, Korneiev joue une saison au Barça, Faizulin à Villarreal (1997-1998) puis à Getafe (2000-2001), Popov à Compostelle (1996-1999).

Mostovoï – Karpin : Messieurs les ambassadeurs

Les deux plus beaux coups d’Iñaki Urquijo restent évidement Alexandre Mostovoï et Valeri Karpin. Après un passage par Caen et surtout Strasbourg (1994-1996). Mostovoï débarque au Celta de Vigo. En Galice, le Russe devient « le Tsar de Balaídos ». En 8 saisons, le milieu soyeux porte le maillot bleu ciel à 259 reprises et marque 66 buts. A cette époque, le Celta a d’excellents résultats : 6e en 97-98 avec des victoires contre le Barça et le Real Madrid, 5e en 98-99 avec un 1/4 de finale de Coupe de l’UEFA perdu contre l’OM et une victoire 5-1 contre le Real Madrid à la clef, un autre 1/4 de finale de C3 perdu cette fois contre Lens en 99-2000, une coupe de l’Intertoto et une finale de la Copa del Rey en 00-01, 4e en 02-03 avec un succès contre le Barça et 10 buts en 30 matches. Malheureusement pour lui, son règne s’achève sur une descente en Segunda, en 2004. Mostovoï a tellement apprécié Vigo qu’il y vit toujours et  est devenu promoteur immobilier.

Mais comment évoquer le Tsar sans immédiatement faire le lien avec Valeri Karpin ? Arrivé au Celta en 1997, le milieu russe né en Estonie connaissait déjà très bien la Liga. Arrivé en 1994 en Liga, il sort deux saisons de haute volée avec 77 matches accompagnés de 17 buts. Pour l’anecdote, John Toshack avait exigé un intermédiaire britannique plutôt qu’Urquijo directement pour valider le transfert de Karpin en provenance du Spartak Moscou. En 1996, Valencia n’hésite pas à payer sa clause, 1 milliard de pesetas, pour l’arracher aux Txuri-urdin. Il porte la tunique blanquinegra seulement une saison (46 matches, 6 buts) avant de rejoindre Mostovoï pendant 5 ans, avec les résultats que l’on sait (218 matches, 39 buts). Il termine sa carrière à la Real Sociedad en 2005 où il est un pilier de l’équipe, notamment celle de Renald Denoueix qui termine 2e en 02-03.

Après cette période dorée, peu de joueurs russes ont évolué en Liga. Hormis Alexander Kerzhakov qui a joué à Séville entre 2006-2008 (une Coupe de l’UEFA, une Copa et une SuperCopa) et Denis Cheryshev (Real Madrid, Séville, Villarreal, Valencia) à l’heure actuelle, la Russie n’a plus la cote comme par le passé. Peut-être aussi parce que depuis le décès de Ruperto Sagasti en 2008 et la fin des activités d’Iñaki Urquijo devenu dirigeant au sein de plusieurs clubs (Athletic Club, Las Palmas, Racing de Santander), il n’existe plus de véritables passerelles entre les deux pays.

François Miguel Boudet
@fmboudet

 

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