Roja : Mais c’est quoi cette polémique de bande bleue qui fait mauve ?

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Trêve internationale oblige, les sujets foot se raréfient et le rythme effréné imposé par les compétitions domestiques et européennes se ralentit pour laisser la place à rien ou presque. C’est généralement le moment de trouver une bonne vieille polémique de derrière les fagots pour rester sur le qui-vive. En Espagne, c’est le nouveau maillot de la Roja qui déchaîne les passions. La cause ? Une bande bleue qui ressort mauve. Une simple histoire de couleur ? Si seulement !

Politiquement, l’Espagne a déjà eu sa dose de périodes troublées et les événements actuels en Catalogne sont finalement la norme. Le pays est une cocotte minute prête à exploser et le moindre épiphénomène peut y contribuer. La polémique qui vient d’éclater est éminemment dérisoire mais symptomatique. Elle concerne le nouveau maillot que la Roja étrennera contre le Costa Rica samedi à Málaga.

Serait-ce le modèle en lui-même qui poserait problème ? Même pas. Pourtant Adidas a fait fort en remettant au (dé)goût du jour les tuniques du début des années 90. Pour l’Espagne, cette bande interdite aux épileptiques rappelle le coup de coude de Tassotti à Luis Enrique en huitième de finale du Mondial 1994. Pour porter chance, on a déjà vu mieux.

Outre cette faute de goût, le manufacturier allemand a incorporé un liseré bleu sur la bande verticale du maillot. Vous vous rappelez de la photo virale « De quelle couleur est cette robe ? ». Eh bien on est dans le même domaine. De près, le liseré est bleu foncé. Que le maillot soit sec ou mouillé, c’est bleu foncé. Sauf que de loin, la perception rétinienne alterne la couleur et le bleu se transforme en mauve. Un détail ? ¡Claro que no!

Des pressions en haut lieu ?

Rouge-jaune-mauve : ces trois couleurs forment le drapeau républicain. Et c’est reparti, 2€ dans le jukebox à polémica ! Un maillot de la Roja contre la Monarchie et la Constitution ?! Bien sûr que non mais il faut avouer qu’Adidas aurait quand même pu prévoir le coup, sans parler de la Fédération et d’Ángel María Villar, roi déchu, qui ont validé le modèle il y a plus de 6 mois. Au milieu du marasme actuel au sein de l’institution, c’est vraiment ce qui manquait au football espagnol ! De l’aveu même de Juan Luis Larrea, président intérimaire de la RFEF, « des critiques ont été émises au plus haut niveau. Le Gouvernement n’apprécie ni le maillot ni la polémique », a-t-il expliqué dans le Diario AS. Et de préciser : « le Gouvernement ne nous a rien transmis, mais j’ai des moyens de communication et je sais qu’il est préoccupé par ce thème, concrètement parce qu’il y a des parlementaires qui ont mis en relation la couleur du maillot avec le drapeau républicain. C’est de la folie ! Les gens sont bien susceptibles ! Personne n’a vu le maillot autrement qu’en photo, généralement sur Internet, et je suis convaincu qu’elles sont truquées ». Promis, de près, de loin, sèche ou mouillée, la fameuse bande de la discorde est bleue. Bleue carajo !

Cette histoire de chromatisme a suscité des réactions au sein de la classe politique espagnole. Un porte-parole du Secrétariat d’État au sport a considéré que la polémique était « d’un piètre niveau ». Íñigo Mendez de Vigo, le Ministre de l’Éducation, du Sport et de la Culture a été sibyllin en déclarant qu’il avait vu des maillots de la sélection espagnole « plus beaux que celui-ci ». De l’autre côté de l’échiquier, les partisans du retour à la République Pablo Iglesias, le leader de Podemos, ainsi qu’Albert Garzón, le leader d’Izquierda Unida, sont enchantés de cette illusion d’optique.

Acte manqué ou allusion claire ?

Crédits : diario16.com

Cette polémique a été un sacré coup de pub pour Eduardo Garrido. Patron de la boutique Uno Nueve Ocho à Madrid, il a dessiné voici 5 ans le maillot de la République espagnole. « Nous avons changé le blason monarchique pour la couronne murale (symbole de l’Antiquité gréco-romaine, ndlr) et introduit le mauve… comme l’a fait Adidas aujourd’hui », explique-t-il dans Marca. Pour lui, c’est une certitude, la couleur choisie par le manufacturier n’est pas un hasard : « Un designer connaît les couleurs primaires. Le modèle est farfelu mais il n’y a aucun doute qu’il a cherché à montrer les couleurs républicaines de manière subtile ». Avec plus de 20.000 unités vendues et un relais notoire des réseaux sociaux, ce maillot où le mauve est, lui, majoritaire, aurait des supporters y compris au sein de la Roja : « Notre maillot a été montré lors de rassemblements de la Selección… et il a plus à certains », se félicite celui qui a aussi provoqué l’ire du board du Real Madrid en sortant des tuniques madridistes du Madrid Club de Fútbol, comme à l’époque de la Seconde République espagnole (1931-1939). « Je ne comprends pas la polémique, assure-t-il. Je pense que c’est le cours naturel des choses. Des fois, le maillot est bleu, d’autres fois blanc, et cette fois il a un attrait supplémentaire. Ça reste le maillot de l’Espagne ».

Présentation a minima

Cette polémique, aussi inepte soit-elle, a modifié les plans établis. Lors du rassemblement à Las Rozas pour préparer le match amical contre le Costa Rica, les joueurs ont servi de mannequins pour des besoins publicitaires. La présentation du nouveau maillot devait même être chorégraphiée et spectaculaires : les sélectionnés devaient descendre d’un hélicoptère. Ça devait être grandiose mais ça s’est fini comme un Playmobil dans un évier avec une photo de groupe des plus classiques, la 3e rangée depuis sur un banc, comme à la plus belle époque de la photo de classe en CE2. Si Adidas a finalement renoncé à la présentation initiale, c’est en raison des déclarations de… Larrea qui s’est donc tiré une balle le pied.

Lors des conférences de presse, les joueurs ont été interrogés sur le maillot qu’ils espèrent porter lors du Mondial. « Je ne comprends pas la polémique, a déclaré le nouvel arrivant Luis Alberto. Moi, il me plaît. Ce que nous voulons, c’est le porter et jouer. Nous sommes là pour ça et c’est vraiment le plus important ». Vitolo a abondé dans le sens du milieu de la Lazio : « Ce maillot me plaît et nous devons nous isoles des problèmes politiques et nous dédier au football ». En capitaine exemplaire, Sergio Ramos a publié une photo très souriante du groupe sur son compte Twitter, histoire de faire passer un message d’unité. Lors d’Espagne-Albanie, les projecteurs étaient focalisés Gerard Piqué, cette fois-ci c’est sur le nouveau maillot. Quoique tirées par les cheveux, elles ont toujours un lieu avec un aspect sociétal en rapport avec le passé ou le futur du pays. Vivement le prochain rassemblement pour une nouvelle polémique ! On en salive d’avance…

François Miguel Boudet

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