Interview – Albert Valentín, le bras droit de Zubi à l’OM

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Lundi, ¡FuriaLiga! était présent au World Football Summit 2017 à Madrid. Lors de cette convention sur l’industrie du football, on a pu assister à la conférence d’Albert Valentín sur la technologie et la gestion dans ce sport avant de pouvoir discuter avec lui en tête à tête. L’ancien coordinateur sportif de l’Espanyol et secrétaire technique du Barça et bras droit d’Andoni Zubizarreta nous a parlé formation et objectifs à l’OM.

Albert Valentín, directeur sportif adjoint à l’OM est arrivé sur la Canebière après des passages à Figueres, à l’Espanyol de Barcelone, au Barça et à Saragosse. Le natif de la capitale catalane est arrivé à Marseille pour gérer le département sportif du club. Il a la main sur le département de scouting de l’Olympique de Marseille et la formation également au sein de laquelle il a implanté la plateforme de gestion sportive intégrale director11 qui travaille notamment avec environ 40% des clubs de Liga (le pionnier Villarreal mais aussi le Real ou encore le Barça, ndlr). Son rêve est d’arriver à créer une communication unilatérale et continue au sein du club, de compiler toutes les données pour éviter les fugues d’informations à chaque fois qu’un entraineur ou directeur sportif quitte le projet ce qui oblige souvent à repartir de zéro. Créer une plateforme idéale pour la gestion intégrale d’un club, après 21 ans de carrière il assure ne pas encore avoir réussi.

En 2010, il a lancé au FC Barcelone, avec l’aide d’Andoni Zubizarreta et Raúl Peláez, un programme informatique appelé C.O.R (Connaissance, Organisation, Rendement) afin d’avoir absolument toutes les informations d’un joueur depuis son arrivée jusqu’à son départ, une sorte de bibliothèque virtuelle accessible à tous les niveaux sportifs au sein de l’institution. Après sa conférence sur la technologie et la gestion sportive lors de laquelle il a, entre autres, expliqué son fonctionnement, Albert Valentin nous a dédiés quelques minutes pour nous parler de son travail à Marseille :

Conférence d’Albert Valentín au WFS 2017 à Madrid

Tout d’abord, racontez-nous comment vous arrivez dans le sud de la France.

« J’ai travaillé avec Andoni Zubizarreta comme secrétaire technique au FC Barcelone. Après une courte étape à Saragosse, Andoni m’a appelé et j’ai décidé de le rejoindre à Marseille ».

Vous parliez tout à l’heure de la formation et notamment de l’implantation de director11 chez les jeunes à Marseille. Quels autres changements ont été faits ?

« Nous utilisons ces outils pour atteindre les objectifs mais le plus important reste la culture et philosophie de travail. Director11 n’est qu’un outil, il ne va pas former des joueurs. Le club a fait un grand investissement en améliorant les installations pour parier sur la formation. Cependant, on sait que la formation demande énormément de temps. On a fait une première analyse de la situation et ensuite on a commencé à travailler petit à petit pour tout améliorer : les installations – ce qui a déjà commencé – les contenus, le niveau des joueurs qui est fondamental et bien sûr celui des formateurs qui est également important ».

Pourquoi est-ce si compliqué de voir les entraineurs des équipes premières suivre cette dynamique de partage d’informations ?

« Parfois c’est difficile de voir l’entraineur d’une équipe première entrer dans cette dynamique parce que leur train de vie est beaucoup plus stressant. Ils ont aussi un groupe compact de personnes qui s’occupent de différents aspects à leurs côtés. Les voir partager l’information avec le reste de l’organisation requiert du temps mais il faut aussi que le club soit totalement consolidé en termes d’idée footballistique ».

Lors de votre conférence, vous avez souligné cette importance de retenir l’information dans un club pour éviter de voir le projet repartir de zéro à chaque départ ou démission. Pensez-vous que c’est possible de le faire à l’OM ?

« Oui, si on arrive réellement à avoir un modèle sportif dans lequel les départements qui servent le football comprennent bien la direction à suivre pour les prochaines années. Si en termes de communication on arrive à vendre l’image adéquate du club, si le département de scouting a le temps de travailler en accumulant des informations pour répondre à chaque nécessité, si on donne du temps à la formation sans mettre trop la pression pour atteindre des objectifs. Si tout ça est respecté oui. Même si je ne pense pas que je serai là pour le voir. On arrive à se contenter de voir une partie de notre œuvre perdurer au sein des clubs, aujourd’hui je ne peux pas voir plus loin. L’OM est un club qui reste sur 10 ans difficiles, avec des composants multiculturels, un propriétaire américain, un président de Paris, des directeurs techniques espagnols et un entraineur français. Les objectifs sont marqués par le propriétaire et le président ce qui est logique et nous, nous devons être capables de les réaliser ce qui n’est pas simple ».

Justement, vous êtes deux Espagnols à gérer le sportif d’un club appartenant à un Américain, présidé et entrainé par des Français. Ce n’est pas un peu compliqué d’imposer ses idées ?   

« Non. Il y a toujours un peu de différences culturelles mais on a eu pas mal de liberté pour commencer un projet de rénovation concernant les modèles d’organisation. Pour le modèle sportif c’est différent car cela a à voir avec l’idée footballistique qui ne se change pas du jour au lendemain et qui englobe plusieurs acteurs et leur opinion est importante. On y travaille pour arriver à confluer toutes les idées pour que l’OM se dirige dans une seule direction. Pour le moment, l’OM avance, je ne vais pas dire que c’est facile car ça ne l’est pas, mais l’OM avance ».

Vous assurez travailler sur les 10 prochaines années avec un contrat de deux ans, comment vous faites ?

« Avec professionnalisme. La responsabilité ne repose pas sur la duration du contrat, évidemment cela peut t’affecter à niveau personnel même si cela ne devrait pas. La responsabilité repose sur ton devoir. Celui de l’entraineur est que l’équipe et les joueurs donnent des résultats, celui du directeur sportif est qu’il y ait une idée et une stabilité sportive au sein du club sur le moyen-terme et celui du président est de faire un club fort et consolidé sur les 10 prochaines années. Nous, nous devons travailler pendant ces deux ans comme si on allait être ici 10 ans, c’est ce professionnalisme dont je parle ».

Depuis votre arrivée, sentez-vous que vos objectifs sont respectés ?

« Je ne vais pas vous mentir, oui. Mais il va falloir que l’on marche plus à la gestion qu’aux ressources économiques. Aujourd’hui il y a une inflation importante dans le football sur la valeur des joueurs ce qui complique nos possibilités de rivaliser. Mais il est vrai qu’avec un modèle sportif clair et en prenant en compte le muscle social de l’OM, qui est très puissant, pourquoi pas ? À court terme on ne pourra surement pas rivaliser mais pour le moment on est dans les cordes. Depuis l’arrivée d’Andoni, Rudi ou le président en novembre, cela ne fait même pas un an, le club s’est qualifié pour la Ligue Europa. Cette saison l’objectif est de se qualifier pour les barrages de la Ligue des Champions et on est à la lutte entre la 2e, 3e et 4e place. Donc de ce point de vue oui, mais la stabilisation du club a besoin de choses plus importantes et beaucoup plus transcendantes sur le moyen, long-terme ».

C’est logiquement plus simple d’implanter un système comme C.O.R dans un club puissant économiquement comme le Barça qu’à l’OM…

« Oui, économiquement pour pouvoir avoir ta propre plateforme c’est sûr mais je le répète, il ne faut pas donner autant d’importance aux outils, il faut essentiellement que le modèle soit bien défini depuis la philosophie. Après, il faut l’exécuter avec les structures et les procédures adéquates mais surtout le maintenir dans le temps, c’est ça la clé. »

Quelles différences voyez-vous entre deux clubs comme le Barça et l’OM ? Les deux ont une très grande afición mais l’OM parait plus fort au niveau social notamment :

« Tout à fait. Le Barça a eu une philosophie footballistique claire qui lui a permis cette suprématie en Europe. Le problème c’est qu’après le départ des idéologues de cette philosophie, elle est un peu partie avec eux. C’est ce que l’on essaie aujourd’hui d’éviter. Concernant le muscle social, Marseille c’est la passion, Barcelone c’est plutôt la raison. L’OM c’est la passion. Comme ils disent c’est « la folie » (il le dit en français). La passion a son côté positif, elle rend un club grand mais aussi son côté négatif, il faut y survivre. Imposer la raison et le moyen-terme à un public aussi passionné et amoureux de son club n’est pas facile ».

La fameuse obligation de résultats…

« C’est ça. Il faut essayer d’avoir un club à deux vitesses ce qui est le plus difficile dans le football. Il faut, d’un côté, arriver à vivre à cette vitesse vertigineuse semaine après semaine avec une bonne politique de communication. Ensuite cette deuxième vitesse qui respecte le moyen long-terme, il faut arriver à la blinder autour de personnes avec une certaine stabilité à leur poste respectif et avec un certain anonymat qui leur permet de pouvoir prendre des décisions qui n’ont rien à voir avec le onze de départ du dimanche suivant ou avec la prochaine recrue mais qui sont prises en pensant aux prochaines saisons ».

Si vous aviez à faire un bilan depuis votre arrivée, serait-il positif ?

« Oui, même si moi personnellement je ne peux pas parler du marketing ni des revenus. L’OM est aujourd’hui un club déficitaire maintenu par un investisseur, on ne peut pas le nier. Mais on espère que le club grandisse assez pour pouvoir couvrir son propre budget. C’est ça qui serait intéressant ».

 Nicolas Faure

@Nicommentator

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