Expatriés – Paco Jémez, l’exil pour exister

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Action photo during the Cruz Azul vs Necaxa, Corresponding 1st round of the Clausura tournament 2016 Liga BBVA Bancomer MX, at Estadio Azul. Foto de accion durante el partido Cruz Azul vs Necaxa, Correspondiente a la Jornada 1 del Torneo Clausura 2016 de la Liga BBVA Bancomer MX, en el Estadio Azul, en la foto: Francisco -Paco- Jemez Director Tecnico de Cruz Azul 07/01/2017/MEXSPORT/David Leah.

Paco Jémez est de ces entraîneurs qui ne laissent pas indifférent. A cheval sur ses principes, mercenaire d’un certain football, homme pour qui les idées passent au dessus des résultats. Il avait quitté l’Espagne par la petite porte, il semble avoir trouvé chaussure à son pied au Mexique, à Cruz Azul.

On avait quitté un Paco Jémez la mine déconfite après une pige suicidaire dans un Grenade prêt à exploser. On le retrouve tout sourire ou presque à Mexico avec son club de Cruz Azul. L’entraîneur qui a permis de mettre en lumière le Rayo Vallecano avec un jeu soyeux et quelques déclarations tapageuses semble revivre au Mexique, dans un club avec un projet presque stable et surtout qui se montre patient avec le natif de Gran Canaria .

Cruz Azul, la risée du Mexique

Le club basé à Mexico est un historique du championnat du Mexique, mais sûrement le plus petit des 4 grands composé de Chivas, de l’America, de Pumas et donc de Cruz Azul, doté d’une afición importante mais qui se délite au fil des ans. La raison de ce désamour est simple : un club qui n’avance plus et qui est même devenu la risée de tout un pays comme nous l’explique Tomas Goubin, correspondant au Mexique pour plusieurs médias francophones : « Depuis que le club ne gagne plus, Cruz Azul est sujet de blagues au Mexique. Le verbe “cruzalear” est même utilisé pour désigner un échec, un raté. On a aussi commencé à parler de subcampeonitis, devant sa capacité à arriver en finale et à les perdre de façon invraisemblable. Le plus bel exemple, c’etait contre l’America, quand le gardien adverse, Muñoz, égalise dans les arrêts de jeu. »

L’objectif fixé par le président lors de la nomination de Paco est limpide : redonner une identité de jeu à ce grand bonhomme malade qu’est Cruz Azul. Après une première saison plutôt mitigée, avec pas mal de buts encaissés et peu de victoires, la donne semble évoluer lors de ce second acte. Sa cote, déjà importante alors que les résultats n’étaient pas au rendez-vous, continue de grimper.

Paco déjà expert de la mode mexicaine. eldiarony.com

Paco le bon et la brute 

Cette affection vient de deux choses en dehors du terrain. La première c’est la teneur de ses conférences de presses toujours très intéressantes, même s’il n’épargne que très rarement les journalistes et qu’il n’a pas sa langue dans sa poche. L’ancien défenseur était un joueur rugueux et bien qu’il soit devenu un coach au jeu chatoyant, il n’hésite pas à tacler les deux pieds décollés. Tomas Goubin est revenu sur cette ambivalence qu’est Paco Jemez : « C’est un peu paradoxal. Il a plutôt les fans avec lui, malgré une première saison médiocre, mais il se fait souvent tailler dans la presse, notamment à cause de ses déclarations fracassantes. »

Cet amour de l’afición des Cementeros (surnom donne car Cruz Azul est un cimentier, ndlr) vient surtout de ses actes hors terrain. Comme c’était le cas lors de son passage à Vallecas notamment, Paco Jemez est un homme de principe et de conviction, ce qui plaît aux Mexicains, comme nous l’explique Diego Tonatiuh de Lucarne Opposée : « Surtout, le Mexique est extrêmement reconnaissant car après le séisme, il est sorti dans la rue pour déblayer les décombres. Incognito, sans chercher la gloire, et a fait des déclarations en parlant comme un Mexicain à part entière ». Un geste et une attitude qui collent parfaitement au personnage : il s’était déjà mobilisé pour une collecte de fonds en faveur des personnes expulsées de Vallecas lors de son passage au Rayo.

Paco Jémez semble donc s’éclater et se sentir très bien dans sa peau dans ce nouveau pays, bien loin de galères financières au Rayo ou de l’effectif monté à la va-vite en Andalousie. Il a trouvé un club qui lui laisse du temps pour mettre en place ses idées, qui lui donne des moyens pour avoir un effectif de qualité, et une afición qui ne demande qu’à vibrer. Du tout bon pour lui.

Benjamin Bruchet
@BenjaminB_13

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