CD Leganés : le « nouveau » représentant madrilène

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À 15 kilomètres au sud de la capital espagnole Madrid, se dresse la ville de Leganés et 180 000 habitants. Une ville qui a vu son petit club, fondé en 1928, atteindre l’élite espagnole pour la première fois de son histoire la saison passée. Après des années et des années dans l’ombre madrilène, les Pepineros débarquent plein d’énergie pour continuer de marquer l’histoire.

Beaucoup ne connaissent pas vraiment ce club de Leganés. Logique quand on sait que les Blanquiazules ont passé leur histoire cachés par des clubs madrilènes de choix, le Real Madrid, l’Atlético, le Rayo Vallecano ou encore Getafe. Cependant, à force de travail et d’humilité, à l’image de cette ville de la Comunidad de Madrid, El Lega a su s’accrocher pour atteindre son rêve. Un fantasme qui n’a pas vraiment occupé les têtes pepineras jusqu’aux années 90 qui marquent un point d’inflexion dans l’histoire du CD Leganés.

Sky is the limit ?

Lors de ses débuts, le club pepinero n’a jamais vraiment été important aux yeux des amateurs de football espagnol ou madrilène, laute aux 65 ans d’attente pour atteindre la Segunda et aux 88 printemps pour enfin toucher le ciel et rejoindre les 19 autres meilleures équipes du football espagnol. Comme beaucoup d’autres petits clubs de Madrid, Leganés a vécu des moments très difficiles, notamment lors de la Guerre Civile qui l’obligea à fermer ses portes pendant plus de dix ans. La ville va profiter d’une grande vague d’immigration dans les années 60 pour augmenter sa population, ce qui a directement eu de l’influence sur le domaine sportif du club pepinero. C’est finalement dans les années 80 que Leganés décolle vraiment, profitant de son abondante population mais aussi de ses ressources industrielles qui se répercutent sur le budget du club. Malgré tout cela, El Lega reste dans les catégories inférieures du football espagnol jusqu’au début du XXIe siècle, même si certains futurs cracks y sont passés comme Catanha ou encore Samuel Eto’o.

« À Leganés, les rêves se réalisent ». C’est ainsi que le compte Twitter officiel du club fêtait la montée en première division en juin 2016 après une victoire à Mirandés. Une énorme prouesse pour une cité dortoir de la grande capitale espagnole. Mais pourquoi s’arrêter là ? Cet exploit n’était pas suffisant pour les hommes d’Asier Garitano qui ont également décidé de repousser encore leurs limites en ravissant un record vieux de 87 ans au tout-puissant Real Madrid en gardant leur cage inviolée lors de leurs deux premiers matches de Liga. Les Merengues avaient tenu 160 minutes sans prendre de but lors du premier championnat de l’élite espagnol en 1929 (soit un an après la création de Leganés, ndlr). Cette saison Garitano et ses poulains ont récidivé en débutant avec plus de 200 minutes sans encaisser de but en début de Liga avant le bijou de Mauro Arambarri lors du derby contre Getafe.

Une stratégie qui marche

On a cité des joueurs comme Catanha ou Samuel Eto’o passés par le Sud de Madrid, deux attaquants qui ont par la suite marqués le football espagnol. Étant un petit club sans moyens importants, Leganés a désormais décidé de se pencher sur des prêts pour mener à bien ses objectifs et pour le moment ça marche. La saison passée, seuls Gabriel et Diego Rico ont été officiellement transférés contre une somme d’un million d’euros chacun alors que Guerrero est arrivé libre. Trois éléments clés du groupe d’Asier Garitano encore aujourd’hui. La présidente du club María Victoria Pavón et les dirigeants ont ensuite opté pour des joueurs prêtés qui sauront également devenir très importants comme le défenseur grec Siovas, l’infatigable Rubén Pérez, qui a d’ailleurs prolongé son prêt d’un an depuis Grenade ou encore Amrabat, Beauvue et Brasanac arrivés en toute fin de mercato cet été. La stratégie est claire : l’important est de rester parmi l’élite espagnole sans se soucier, pour le moment, de pouvoir compter sur un actif joueurs important sur le long terme.

Crédit : ValenciaPlaza.com

En plus de cette stratégie sportive, à Butarque, les dirigeants ont tout compris. La priorité c’est le supporter. C’est pourquoi le club madrilène avait notamment sorti les abonnements les moins chers parmi les grands championnats européens lors de sa montée historique l’été dernier (entre 125 et 380€, ndlr). Le club récompense également ces fidèles supporters présents depuis la Segunda ou Segunda B avec des ristournes. Cette saison le club a atteint le chiffre record de 9 700 abonnés, soit 85% de la capacité de Butarque (11 454 places). La Legamanía ne s’arrête plus. Les pepineros se sont également sérieusement penchés sur une stratégie de communication qui survole les débats en Espagne, notamment sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui, Leganés est sans aucun doute le club le plus attractif sur Twitter, surtout avant chaque rencontre, grâce à des affiches de match de génie. Dans un monde où l’on juge de plus en plus sur l’image, celle de ce petit club de banlieue madrilène sait dorer la sienne.

Voici le lien pour profiter de leur imagination : http://www.deportivoleganes.com/multimedia/carteles-on-line

Matovani, le SuperMan du modeste

De nos jours, le joueur qui illustre le mieux le succès pepinero est le capitaine de l’équipe, l’Argentin Martín Mantovani. Ce sosie du Clark Kent made in Christopher Reeve a beaucoup cravaché pour également pouvoir connaitre la gloire ibérique. Si le natif de Mar de Plata est aujourd’hui intouchable dans l’axe de la défense du schéma de Garitano, le passé madrilène n’a pas été facile pour lui. À 22 ans, il était bien décidé à tout plaquer dans son pays, ses 200 euros par mois au Cadete San Martín ne faisait pas son bonheur. C’est un certain Esnaider, de retour en Argentine pour finir sa carrière professionnelle après plusieurs périples européens notamment en Liga, qui allait alors changer sa vie. En été 2006 il reçoit un coup de fil de l’attaquant : l’Atlético de Madrid C l’accueille lors d’un échange de joueur avec les Argentins. Son talent et abnégation font le reste lors d’une préparation. Les Colchoneros l’acceptent dans leurs rangs après une longue bataille avec l’Italie pour un passeport européen qui lui aura notamment coûté 5 mois sans licence ni salaire dans la capitale madrilène.

Crédit : AS.com

La saison dernière déjà Mantovani avait retrouvé Koke sur les terrains de Liga (il sera absent ce week end sur blessure, ndlr). Le milieu du Cholo Simeone avait connu le défenseur lors de cette dure époque india. Aujourd’hui ces deux joueurs sont indispensable pour leurs entraîneurs dans le meilleur championnat du monde. « Vamos con tres cojones, no nos vale con dos » (« il faut y aller avec trois couilles, deux ne seront pas suffisantes », ndlr) le mot d’ordre de Mantovani avant un match contre le grand Real de Zizou en novembre dernier pourrait bien être celui qui a bercé sa carrière.

La patte Garitano

Crédit : Agencia EFE

L’entraineur de Leganés a lui aussi vécu un parcours plutôt atypique avant de connaitre les terrains de Liga depuis le banc. Formé au sein de la prestigieuse enceinte de Lezama à Bilbao il n’a pas vraiment fait carrière en tant que joueur n’ayant jamais connu la Primera. Il a débuté sur le banc avec les joueurs libres de l’AFE (l’UNFP d’Espagne, ndlr) après avoir été assistant de Bordalás qui dirige actuellement Getafe en Primera à moins de 10 kilomètres de Butarque. Avant de poser son sac dans la banlieue, Asier Garitano n’était pas sorti des bancs de la Communitat Valenciana. Leganés a trouvé en Garitano la pièce manquante d’un moteur alimenté par la sueur de la ville. Pour celui qui prend le travail d’Unai Emery comme référence, il est impossible de représenter un peuple ouvrier en costard sur les télévisions de Primera División : « J’appartiens à une ville travailleuse du sud de Madrid, pleine d’usines et zones industrielles. Moi, en tant qu’entraineur de ce club, je prétends juste être le reflet de ce que je vois dans la rue, je ne veux pas être quelqu’un d’autre » dit-il à Panenka avant de confirmer qu’il écoute les conseils vestimentaires de sa femme.

Il le dit souvent : en tant qu’attaquant c’est la mentalité qui lui a manqué pour réussir. Tout le contraire que ce que montrent ses joueurs sur le rectangle vert depuis 2016 malgré l’un des effectifs les plus modestes de Liga. En quatre ans, le Basque a sorti Leganés de la troisième division pour lui ouvrir les portes du ciel. Pour sa cinquième saison sur le banc de Butarque, l’objectif du maintien est toujours plus difficile pour un entraîneur qui n’a pas changé malgré le succès : « Je suis toujours le même que quand je suis arrivé ici, le même qui avait entendu parler de Leganés qui était en Segunda B depuis 10 ans. La différence, c’est que maintenant je connais et j’aime ce que je vois ici parce que je me reconnais dans ce club ».

 

Nicolas Faure

@Nicommentator

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