Atlético de Madrid : un sauvetage militaire inespéré !

0
22

Certains ne le savent pas, d’autres préfèrent oublier : la vie du football espagnol n’a pas toujours été golazos et pipas. Après ses heures les plus sombres, le sourire du ballon a repris le dessus pour une saison qui était déjà très polémique avant même de débuter. En 1939/40 l’Atlético s’est proclamé champion pour la première fois de son histoire alors qu’il était proche de disparaitre et qu’il devait disputer la deuxième division. Explications.

En 1934/15, les Colchoneros (ce surnom leur sera donné après la guerre civile en référence aux matelas recouverts de draps rouge et blanc, ndlr) retrouvent l’élite après quatre saison en Segunda grâce à un coup de main du destin. Le club madrilène alors baptisé l’Athletic de Madrid voyait l’Assemblée de la Fédération Espagnole de Football décider que le championnat passerait de 10 à 12 clubs. Une aubaine pour les Madrilènes, deuxièmes de la catégorie d’argent du football en 1933/34 et donc envoyés directement en Primera. Après une première année tranquille, qui se terminera avec une septième place, la suivante sera plus compliquée pour les Indios. La grave blessure d’un joueur clé comme Ramón Lafuente, qui ne refoulera plus les terrains, et une tournée en Amérique du Sud vont plomber les espoirs rojiblancos. L’Athletic de Madrid reçoit le FC Séville lors du match de la dernière chance, un nul est suffisant pour se maintenir. À 3-2 pour les Andalous, les Madrilènes obtiennent un penalty à 4 minutes de la fin mais la frappe de Chacho et les espoirs colchoneros s’écrasent sur le poteau de Guillermo Izaguirre, le gardien Sévillan déjà acteur principal de la blessure de Ramón Lafuente. Cette fois le destin s’est acharné sur les Madrilènes.

Crédit : atleticodemadrid.com

Les renforts tombent du ciel

À ce moment-là, l’Athletic de Madrid est très endetté et ne sait pas de quoi son avenir sera fait. L’horreur viendra ensuite avec quasiment 3 ans de guerre civile en Espagne qui vont fortement secouer le pays. Le club madrilène en fait également les frais avec la destruction de son stade, le Metropolitano. Après le conflit, le club est complètement démuni, plus de stade, presque plus de joueurs mais beaucoup de dettes. Cependant, le ciel décide de filer un coup de main au club de la capitale qui voit l’armée de terre espagnole rattraper le club en chute libre. L’Aviación Nacional, club formé par des membres de l’armée de l’air en pleine guerre civile, déménage dans la capitale peu avant la fin de la guerre. Les soldats veulent disputer les compétitions officielles espagnoles mais après le refus de la Fédération, ils décident de s’allier avec l’Athletic de Madrid après des négociations rompues avec le Madrid F.C (Le Real de l’époque, ndlr) et au détriment du Deportivo de Madrid qui, sans leur aide, disparaitra en 1939.

Début octobre 1939 et après 3 saisons sans championnat, cette alliance est rendue officielle devant le Club Atlético Aviación. Un souffle d’air frais autour du club madrilène qui est prêt à repartir en deuxième division à condition de trouver une enceinte pour disputer ses matches à domicile…

Après l’horreur, les bonnes nouvelles se suivent

Crédit : Indios Rojiblancos

Sans son Metropolitano réduit en cendres pendant le conflit, le club madrilène s’est d’abord tourné vers Vallecas mais le terrain de terre n’était pas homologué par la Fédération. Les Colchoneros ont alors décidé d’aller voir le voisin du Madrid C.F pour jouer à Chamartín. Le Real de l’époque acceptait gentiment, enfin avec la condition que tous ses socios puissent aller voir les matches gratuitement (surtout pour huer et insulter les Indios). Première bonne nouvelle pour le flamant Atlético Aviación qui en recevra une autre, encore meilleure. Alors que le club de Madrid a lui réussi à trouver un point de chute pour la saison le club d’Oviedo, lui, a échoué. Ruiné, comme son stade Buenavista, le club asturien est dans l’obligation de déclarer forfait. La Fédération conclut alors qu’une rencontre entre Osasuna, dernier de Primera 3 ans auparavant, et l’Atlético avant-dernier décide quel club aura la chance de rester au sein de l’élite. A Mestalla, et de la main du grand Ricardo Zamora qui a vu el Cholo Simeone lui piquer cette saison son record de jours sur le banc du club (2036 jours entre 1940 et 1946, ndlr), les Colchoneros s’imposent 3-1 pour valider leur billet pour un nouveau voyage plein de succès.

Prendre du recul pour mieux reprendre de l’élan

Le club entrainé par Zamora et porteur de l’écusson de l’armée de l’air espagnole sur son maillot, fera bonne figure lors des deux premiers matches avant d’alterner bons et mauvais résultats. Grâce notamment à une fin de saison de haut vol (4 victoires lors de ses 5 derniers matches, ndlr), les Gabilondo, Machín et Elícegui soulèvent leur tout premier titre. Un succès aussi surprenant qu’important pour un club qui a frôlé la disparition quelques mois auparavant. Un triomphe qui leur a valu une première invitation à la mairie de Madrid par Alberto Alcocer. Lors de la saison suivante et avec l’arrivée de Pruden depuis Salamanque qui terminera avec 30 réalisations en 22 rencontres, l’Atlético confirme sa domination du football espagnol avec un deuxième graal consécutif. Une jolie prouesse encore une fois sachant que leur mythique entraineur Ricardo Zamora avait été écarté du banc pendant 6 mois à cause d’une suspension avant de reprendre sa place.

Crédit : AS

Depuis le club est devenu l’un des plus importants de l’Espagne et deviendra officiellement le Club Atlético de Madrid en 1947 après la demande du Ministère de l’Air de retirer ‘’Aviación’’ du nom notamment. Helenio Herrera suivra 9 ans plus tard avec deux nouveaux titres de Liga avant une nouvelle période de hauts et de bas, dont la fameuse descente au début des années 2000 avec le penalty de Jimmy Floyd Hasselbaink. La suite on la connait, affiche du Mono Burgos sortant des égouts, éclosion de Fernando Torres et sommet de l’Espagne à nouveau sous Simeone…

 

Nicolas Faure

@Nicommentator

Commentaires