Hamed Sako, ou l’histoire qui a bouleversé l’Espagne du foot

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Fin août, l’Espagne a découvert l’histoire de Hamed Sako, un jeune Ivoirien avec des rêves pleins la tête qui a vécu un enfer avant de pouvoir rejoindre la Péninsule.

C’est une histoire qui se répète encore et encore. Des milliers de jeunes Africains débarquent chaque année sur les cotes de l’Europe méditerranéenne, parfois après un énorme et périlleux périple en solitaire, parfois trompés par des agents, pour tenter leur chance dans le foot. Si certains s’en sortent bien et terminent par vivre leur rêve, une grande majorité reste sur le carreau. Hamed Sako lui, du haut de ses 18 ans, est à mi-chemin, et son histoire a touché le cœur de l’Espagne. Tout à commencé lorsqu’il avait à 13 ans, en 2013. Le jeune ivoirien, qui vivait avec ses parents et ses deux petits frères dans un quartier populaire d’Abidjan, voit comment son père n’est plus en mesure de s’occuper de la famille financièrement. Il décide donc de quitter le domicile familial dans l’espoir de pouvoir subvenir aux besoins de la famille grâce au football, et c’est logiquement que ses yeux se tournent vers l’Europe. Ses parents étaient contre cette idée, mais il a finalement pris la décision de partir sans même les avertir.

Hamed Sako aujourd’hui. crédits : @CiudadDeMurcia

« Je suis parti au Mali, à Bamako. Je n’avais plus d’argent, et c’est là que j’ai prévenu mon père. Je lui ait dit que je cherche une vie meilleure pour pouvoir les aider. La dernière image que j’ai de ma famille, c’est mes deux frères », a expliqué le joueur dans un entretien accordé à Onda Cero. Tout se faisait à pied, et lui et les compagnons de route qu’il avait rencontré survivaient grâce à la nourriture qu’on leur donnait sur leur parcours. La nuit, il dormait dans la rue. A la frontière entre le Mali et la Mauritanie, un terrible événement se produit, puisqu’il tombe sur des terroristes. « Ils nous ont frappé, nous étions au sol, puis ils nous ont emmené à un endroit. Ils nous ont dit qu’on devait travailler pour eux. S’ils avaient besoin de nettoyer la maison, de construire, ils nous appelaient. Si tu refusais, ils te frappaient. Moi ils m’ont frappé plein de fois. C’était le pire moment de ma vie. Je pensais que j’allais mourir », ajoutait-il. Après six mois de cauchemar, il a réussi à s’échapper. « S’ils m’avaient retrouvé, je leur aurait demandé de me tuer plutôt que de me refaire travailler »

Il trouve ensuite de l’aide pour rejoindre Nouakchott, capitale de la Mauritanie, où il dort dans la rue et s’alimente à partir de ce qu’il trouve dans les poubelles. Dans le même temps, son père décède. Il quitte la ville et rejoint la frontière avec le Maroc à pied, et arrive jusqu’à Casablanca, où il continue de vivre dans la rue, jusqu’à ce que la chance croise enfin son chemin. Alors qu’il va faire les poubelles pour trouver de quoi se nourrir, il rencontre un imam à qui il raconte sa terrible histoire et qui, choqué, termine par l’accueillir chez lui. « Il me traitait mieux que ses fils, il m’aidait pour tout. Ses fils et sa femme étaient un peu jaloux », explique Hamed. Face à tant de tensions au sein de sa famille d’accueil et pour ne pas mettre en péril la famille de l’imam, il décide de partir. L’imam lui fournit un contact pour traverser la méditerranée en bateau de fortune, toujours convaincu de la possibilité de réaliser son rêve de devenir footballeur.


Reportage de Canal+ Espagne sur Hamed

Sur cette embarcation en plastique, aux côtés de 42 personnes et ce pendant trois jours, sans nourriture ni eau, Hamed pensait encore une fois mourir comme il l’a confié dans ce même entretien à Onda Cero. Avant même de pouvoir rejoindre le territoire espagnol, et les Iles Canaries plus précisément, ils sont secourus par la Croix Rouge, puis répartis sur tout le territoire. Hamed arrive donc à Murcia, et est logé dans plusieurs centres pour mineurs. Dans l’un d’eux, il croise un professeur d’espagnol qui, en plus de lui apprendre la langue, lui permet de faire un test pour une équipe de la ville, le Club Ciudad de Murcia, ancien grand club de la ville disparu pour raisons financières qui a revu le jour sous la forme de club appartenant à des fans, ce qu’on appelle en Espagne actionnariat populaire. Le club évolue dans l’équivalent de la 5e division espagnole. Il termine par intégrer le club, même s’il doit attendre ses 18 ans avant de pouvoir disputer les rencontres avec l’équipe première. Son intelligence dans le jeu lui permet de s’en sortir aux avants-postes, tout comme sa qualité technique supérieure.

S’il ne gagne pas encore sa vie grâce au football, sa situation est aujourd’hui un peu plus encourageante. Le club l’a aidé pour obtenir un logement, et il est d’ailleurs très proche du directeur sportif du club Paco Rabadan, qu’il considère comme son « père blanc ». Son humilité, sa gentillesse et sa bienveillance lui ont permis de devenir un des chouchous du club. Seulement, Hamed a reçu de terribles nouvelles il y a peu. Sa mère est mourante au pays et elle souhaite le revoir une dernière fois. N’ayant pas les moyens de se payer le voyage, son club l’a aidé sur le plan financier, mais ce n’était pas suffisant, les moyens d’un club de ce niveau étant extrêmement limités. Une campagne a alors été lancée sur les réseaux sociaux pour récolter des dons, et il faut aussi signaler que les adversaires du Ciudad de Murcia ont aussi joué le jeu, comme Unionistas de Salamanca et Cartagena qui ont reversé un euro sur chaque place vendue au joueur ivoirien. Des Youtubers influents ont également contribué à relayer son histoire, incitant les gens aux dons, alors que le visage d’Hamed était dans tous les médias sport du pays. Les 2.500€ nécessaires pour payer le voyage ont été récoltés, et le joueur a pu rejoindre son pays pour la première fois depuis son départ, et faire ses derniers adieux à sa mère… Pour ceux qui pensaient encore que le foot n’est que du sport…

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