La situation surréaliste du Real Avilés, le club avec 2 directions et 2 effectifs

Dans les profondeurs du football espagnol, on retrouve souvent des histoires pour le moins sordides, découlant souvent de gestions catastrophiques, elles-mêmes résultat d’investisseurs mal intentionnés. La situation que traverse le Real Avilés en est un bel exemple.

Le stade du Real Avilés, l’Estadio Román Suárez Puerta

Dans le Nord de l’Espagne, on retrouve certains des publics les plus passionnés du pays. Forcément, on pense au Sporting de Gijón et son historique Molinón, ainsi qu’à son voisin le Real Oviedo, qui après des années très compliquées, allant jusqu’à descendre en quatrième division suite à une gestion catastrophique, s’est stabilisé en deuxième division. On aura d’ailleurs un derby en match officiel depuis 1998 cette saison, les deux équipes se retrouvant enfin en Segunda. Autant dire que ce sera clairement l’un des gros rendez-vous de cet exercice footballistique de l’autre côté des Pyrénées. Des résultats sportifs globalement médiocres, des gestions économiques douteuses ces dernières années, mais des stades impressionnants souvent bien remplis, des centres de formation de qualité d’où sont sortis des joueurs comme Santi Cazorla, Juan Mata (Oviedo), Luis Enrique ou David Villa (Gijón), des budgets élevés pour la deuxième division et une belle attractivité. Pourtant, dans cette région relativement épargnée par la crise qui a frappé l’Espagne et où la qualité de vie fait incontestablement partie des meilleures du pays, tout n’est pas rose lorsqu’on parle de ballon rond, bien au contraire.

Troisième ville asturienne en termes de population (82.000 habitants), Avilés est bien loin des deux “ogres” footballistiques du coin. Entre les belles vallées remplies de verdure de l’intérieur de la région et les côtes maritimes sauvages, cette ville portuaire très industrialisée n’a jamais eu le plaisir de voir son équipe dans l’élite du football espagnol en 114 ans d’histoire. Et c’est plutôt mal parti pour que cela arrive un jour. Plusieurs médias nationaux et locaux dont El Confidencial ont documenté la situation que vit le club de la ville, le Real Avilés, véritable symbole du n’importe quoi qui règne dans les divisions inférieures du football espagnol. C’est simple : le club qui évolue en Tercera – quatrième échelon du football espagnol – a… deux directions et deux effectifs ! Comment est-ce possible ? Accrochez-vous. Puisqu’il n’était pas en mesure de payer la mairie pour l’utilisation du Nuevo Román Suárez Puerta, le club ne recevait aucune subvention et était sous embargo. José María Tejero, président et principal actionnaire du club, décide en 2011 de créer une entreprise à travers laquelle il gère le club, un processus jusqu’ici inédit en Espagne mais qui sera reproduit par la suite. La saison dernière, en proie à des soucis financiers, il arrête de verser les salaires aux joueurs et ne finance plus l’académie. En décembre 2016, une société mexicaine nommée IQ Finanzas, avec son propriétaire Álvaro López Zúñiga, auquel on prête une réputation tout sauf reluisante au Mexique, crée une deuxième boîte et passe un accord avec Tejero pour prendre les commandes et s’occuper de la gestion du club juqu’en 2020. Les Mexicains investissent un demi-million d’euro et posent une option d’achat sur les actions de Tejero en cas de passage au football professionnel pour une valeur de 30 millions d’euros.

Les choses se sont vite corsées…

Tout démarre donc sur de bons rails. Dans la foulée, le groupe mexicain veut s’offrir le club, déboursant 3 millions d’euros bonus inclus mais seulement 500.000€ cash. Tejero, qui commence à avoir des doutes sur la solvabilité du groupe, refuse, notamment à cause des paiements en plusieurs échéances. Dans la foulée, IQ Finanzas commence à retrouver des dettes jusqu’ici inconnues dans les comptes du club, et même des contrats fictifs liés à l’académie, au nom de gens qui n’existaient même pas. Le groupe mexicain décide d’arrêter de s’occuper de l’académie. Tejero dépose une plainte, et sans même attendre le verdict, il décide de briser le contrat qui accordait la gestion du club à IQ Finanzas en s’appuyant sur une clause présente dans le contrat. Une clause non-légitime pour les Mexicains, qui décident donc de continuer à gérer le club.  Dès lors, les deux parties commencent à composer leur direction et à créer leur équipe pour la saison 2017/2018. L’équipe de la direction de Tejero s’entraîne dans le stade, et le président aurait même changé les serrures de l’enceinte et placé deux agents de sécurité pour éviter que l’équipe d’IQ Finanzas puisse y accéder ! Ces derniers, en signe de proteste, sont allés jouer sur la Plaza España, place majeure de la ville, des images surréalistes qui ont fait le tour de l’Espagne (voir photo).

Source : El Comercio

Les supporters contre le dirigeant local

Des joueurs qui ne pourront de toutes manières pas participer au championnat, puisque seul le président d’un club a le pouvoir d’enregistrer les licences auprès de la Fédération, et Tejero a refusé d’inscrire les joueurs d’IQ Finanzas. Ces derniers se sont d’ailleurs eux-mêmes présentés au siège de la fédé pour faire le forcing, sans succès, comme l’a rapporté le média asturien El Comercio. Une décision du président qui a étonné du monde, puisqu’il n’a que 12 joueurs dans son équipe, et seuls 9 ont pu débuter lors du premier match de championnat, le reste du groupe ayant été complété par des jeunes. La rencontre s’est soldée par un match nul 0-0. Beaucoup des rares supporters présents, la faute à un boycott de la part des peñas, ont d’ailleurs demandé le départ de Tejero au cours de la rencontre, preuve que, contrairement à ce qu’on pourrait penser vu de l’extérieur, les fans ne sont pas forcément du côté des “locaux”. Les démarches juridiques se poursuivront dans les semaines à venir, puisque IQ Finanzas va tout faire pour reprendre le contrôle du club. Quoi qu’il en soit, c’est encore le football, les joueurs et les supporters qui en sortent perdants, comme c’est le cas dans toutes ces histoires sordides qui frappent régulièrement les divisions inférieures du football espagnol.

 

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